L'Autre Rive

récit de fiction et de vie; parodies ; cinéma ; critiques d'ouvrages de fiction et d'essais.

09 octobre 2006

Eliminations

Ma supérieure.

    Je  dois travailler avec une femme blonde, une blondeur un peu factice, jeu de boucle très travaillé,  maquillage étudié aux tons clairs, un peu star perdue dans un bureau, mais le regard dur et le maintien rigide, responsable du secteur jeunesse à la bibliothèque de Lombes ; je la suis, ne sachant ce qu’elle veut de moi et n’ayant pas le droit de le lui demander, car précisément je suis censée le savoir.

J’essaye de la regarder en coin pour interpréter ses intentions et me livrer à une occupation qui lui donnera bonne opinion de moi. Elle me dit : «  Travaillerez-vous dans le secteur jeunesse ? « Je ne réponds ni oui ni non. Il est certain que je dois acquérir un statut social mais celui-là ne me convient pas. Elle fait comme si j’avais acquiescé  et se met à faire des commentaires sur les « produits » pour la jeunesse, la façon d’y intéresser les jeunes, et de les faire participer demandant mon assentiment et se conduisant comme si elle l’avait obtenu alors que je ne dis toujours rien.

Ce qui ne m’empêche pas de penser, que dans les bibliothèques de jeunes, on ne leur apprend rien justement parce qu’on n’a le droit que de divertir.

«  Vous venez ? » me dit-elle, on va procéder aux éliminations. ». J’en suis bien contente, cela me plaît beaucoup les éliminations. Je me mets à l’écran pour effacer les fiches des livres que l’on va jeter. Elle passe dans la pièce contiguë mais je sent quelle me surveille toujours. Effectivement, elle ne tarde pas à revenir.

« Je m’en suis mis certains de côté,  m’annonce t’elle  : il restera quelques «  Signes de piste » si cela vous fait plaisir ».

Elle ajoute qu’elle va devoir effacer les fiches de l’écran. « Je viens de le faire «  dis-je. Elle secoue la tête : «  Cela ne compte pas ».

-         Comment en sortir, lui dis-je ? Car éliminer des livres à l’écran et des fichiers ne les élimine pas de la réalité .

-         Ce n’est pas cela que je voulais dire : je veux dire   vous n’avez pas tout éliminé ;  les fichiers sont encore dans la  corbeille.  Vous êtes trop lente à comprendre.

Elle pousse de grands soupirs. «  La réalité c’est  mon affaire me dit-elle, et je vous garantis que vous n’aurez pas votre embauche réelle.

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08 octobre 2006

Interview forcée

Interview forcée.

    J’ai réussi à trouver un support pour un nouveau personnage de roman. Ce sera mon ancien professeur de philo à Nanterre, Anne C. Je ne l’ai pas rencontrée par hasard j’ai rôdé vers son ancien appartement.

Qui est peut-être toujours le même je ne sais pas.

En tout cas cela m’a rappelé un jour de mai 1981 ; j’avais rendez-vous avec Anne C. à son appart et  nous devions parler de la thèse de doctorat que j’allais peut-être faire  sur L’Homme sans qualités.  Le téléphone d’Anne C. ne cessait de sonner ;  son compagnon venait d’être nommé à je ne sais quel poste important dans le nouveau gouvernement ( ce premier gouvernement Mitterrand pour être précis).  C’était des connaissances ou des amis qui appelaient et à chaque fois elle répétait le même «  bonne nouvelle ».  ça a duré une heure et je suis partie. Anne C. ne pouvait pas décemment parler de mon futur travail ce jour-là. Elle a réussi à me mette entre les mains un roman d’elle ( «  Les Prisons de César ») je ne le lui ai pas rendu et elle ne me l’avait pas dédicacé. Je ne suis jamais revenue je n’ai pas fait de thèse ( mais elle n’y est pour rien…)

Les  cauchemars ont la vie dure , je rôde vers chez Anne C. Si elle n’y vit plus, elle se balade sur les trottoirs. Je l’accoste, et lui dis que c’est très urgent je dois lui parler je prends ma voix « urgentissime » ( je e savais pas que j’en avais une). Je lui dit qu’elle est  sera mon personnage de roman, elle va me raconter sa vie dare-dare , ça ne lui plaît pas ? J’ai de quoi la faire changer d’avis. Mon joujou.

Nous voilà dans une voiture, sans doute la sienne car je ne conduis pas, à l’avant, elle est au volant et c’est un peu gênant. La voiture est à l’arrêt. Je vais l’interviewer mais elle ne le fait pas de bon cœur , c’est moi qui la domine et qui la coince mais  avec une arme à feu. S’il faut en arriver là !

« Je suis née à Rangoon (Rengaine ?) , Birmanie, » commence –t-elle.

Bizarre : Elle n’a pas le type asiatique. Je me rappelle une amie perdue de vue depuis longtemps qui était justement birmane.

« On a dû s’enfuir. Régime totalitaire. Je ne sais si je regrette ».

Elle décrit une immense forêt à végétaux exotiques, plantes carnivores,  une famille d’aristocrates aux  conditions de vie difficiles (-) la  mousson, elle a un peu l’air de réciter.

-Dois-je te donner ma photo ? » Ajoute-t-elle. Le ton est empreint d’une politesse  administrative.

  Elle ma prisonnière, je l’ai menacée, mais ce n’est pas une réussite ! je fouille dans ma poche, peut-être que j’ai un autre revolver plus persuasif. Je cherche à me rappeler comment je l’ai acculée là, mais le passé ne revient pas.

La photo qu’elle me montre  représente  une blonde à longs cheveux avec un grand nez  et une large bouche. Les traits n’offrent aucune ressemblance avec Anne C. même si la femme de la photo est plus jeune. En fait, ce doit être la photo de S. une étudiante qui fréquentait ses cours d’histoire de l’art en même temps que moi avec qui elle était très liée ; Je le lui fait remarquer, elle précise «  esthétique s’il te plaît. » Des cours d’esthétique : pas de l’histoire de l’Art. Nous c ‘était différent  on  interrogeait l’Art on ne se contentait pas de  réciter des faits et de recopier des descriptions d’œuvre.   

(Voyant mon désarroi ?) Elle  se radoucit, elle va tout me raconter dès le début : «  J’ai commencé par être graveur ; je me suis dis : c’est quelque chose de sûr, après avoir appris cette technique, je pourrais faire ce que je veux. »

Je me sens inférieure : non seulement elle est agrégée de philo mais elle est graveur !

C’est peut-être grave après tout.

Posté par lautrerive à 14:42 - récit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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