22 août 2008
Guillaume W. 41 Le Pont Wilson
A Tours, le pont Wilson
s’est effondré dans la Loire.
La belle Nelly emportée par
les flots vengeurs… ses longs cheveux ondoient, son visage congestionné
apparaît … Guillaume nage bien, mais seulement dans les piscines. Sur le pont,
il a dansé le rock et la valse, traînant à sa suite une Nelly maladroite, peu
encline à ces jeux.
Et plouf !
-Cesse de taper avec ta cuillère, crie t-il, déchirant la brume, ne vois-tu pas que j’écoute ?…
L’enfant pose violemment son biberon et asperge la
table.
- Le monsieur qui est dans la machine ?
Mathieu se reprit : «Oui, moi je
continue à croire qu’il y a un mec dans l ’appareil ».
Mathieu qui les espionne à la jumelle, a tout vu, et
appelle les secours. Nelly aura sauvé sa peau, sa robe blanche et sa ceinture
dorée. Elle qui n’aime pas le blanc. Guillaume sera victime de la plus terrible
crise que son corps, et les eaux glacées ne lui aient jamais infligé…
Ce matin, avant de partir, elle s’est affublée de
vêtements masculins : pantalon gris clair à rayures blanches et gilet
d’homme assorti. Chemise, cravate, cheveux flottant.
- Je ne suis pas ridicule ?
- Tu es belle.
Silence réprobateur. Il l’avait offensée.
Lui dire qu’elle était belle
même avec cette voix un peu sourde et distraite ça passait les limites.
Et puis il mentait. Le
costume d’homme ne convient pas à ses formes pleines.
Le pont existe depuis le dix huitième siècle, grâce aux travaux
d’un architecte nommé Mathieu Bayeux…
Un soupir échappa à Mathieu,
sans doute venu d’une autre passerelle, qu’il n’avait jamais empruntée non
plus. Son curriculum vitae se déroula sous ses yeux, avec la mention xxx en bas
à gauche du document, puis apparut le visage mince, réfléchi, les lunettes
rondes de l’homme à qui il s’était présenté deux jours auparavant.
Il commença de peler une orange pour Melk qui
produisait des bruits figurant la chute
du pont.
L’enfant
reprit son biberon de Van Houten, et ses
allers et retours de sa chambre au living d’où il transposait quelques objets
personnels.
Mais y avait-il
réellement des victimes ?
A présent, on parle de
l’enlèvement d’Aldo Moro par les Brigades Rouges. Vu son nom, Mathieu ne donne pas cher de sa
peau …Pourquoi les Brigadistes n’avaient-ils pas exécuté un Méchant ? Quel est leur l’argument? Les Brigades Rouges,
des maoïstes recyclés en vrais terroristes, d’antiques staliniens, des tueurs
sans gages, des justiciers, des canailles ?
Il va chercher le courrier sous la porte, constate
avec angoisse, que ses entretiens pour se faire embaucher dans des
bibliothèques municipales n’ont pas
porté leurs fruits.
« Je ne suis pas
pris » dit-il à Melk.
Pas pris. Pas vu, pas pris.
Pas mordu à l’hameçon.
J’ai joué le jeu, s’auto-plaide Mathieu. Il a
longuement développé son amour du catalogage, de l’estampillage, du prêt, du
classement, son enthousiasme pour les diverses manières d’occuper les enfants
Mais au final, il a une
bonne présentation, est plus que ponctuel, travaille convenablement seul, mais
mal en équipe, n’a ni esprit d’initiative, ni aptitude aux responsabilités, ses
capacités relationnelles laissent à désirer.
Le nettoyage des côtes
bretonnes, envahies par la marée noire, se poursuit tandis que le sinistre flux
continue de progresser… on demande du renfort, des bénévoles. Partout où l’on
propose du travail, ça ne paie pas. Ni le crime, ni les bonnes œuvres.
Il jette un coup d’œil dans
la chambre de Nelly, dont il est le gardien provisoire. On y sent une eau de
toilette citronnée, Yardley English Fine Cologne qu’elle a choisi pour son
intitulé qui lui rappelait Guillaume. Elle hume des symboles, plus que des
parfums.
Le lit est jonché de livres,
agendas, cosmétiques, flacons, tasse, plusieurs dossiers de manuscrits amorcés.
Elle aime à séjourner sur sa
couche, y faire à peu près tout :
boire, manger, lire, écrire, dormir…
Sur le petit bureau
s’empilent des supports de cours, des copies d’élèves. La première du
tas : « Huit-Clos, scène VII… » annonce une belle écriture nourrie et moelleuse. La
deuxième copie répète la même chose
d’une écriture fine aiguë et tremblée. A l’examen final, il y a vingt huit fois
Huit-Clos scène VII.
Mathieu s’ennuie.
Nelly ne l’autorise pas à corriger ses copies, même une simple faute, ni
à préparer des cours.
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