22 août 2008
Guillaume W. 42 Départ de l'intrus
Presque grand jour !
Nelly accueillait favorablement les soins dont
elle était l’objet, lorsque la porte s’ouvrit sans hésiter sur l’enfant
qui bondit sur le lit tel un météore
vivant, pour se lover entre eux. La jeune femme entendit son hôte
s’exclamer : « Tu parles d’un emmerdeur celui-là ! » et
acquiesça avec conviction.
Puis elle se dressa toute
droite, prit l’enfant dans ses bras et enjamba le corps étendu auprès d’elle
pour sortir du lit.
Toujours sous l’emprise de
sa toquade pour les vêtements masculins, elle portait un pyjama rayé «
Grand-père », c’était là l’intitulé exact du vêtement que Mathieu l’avait
vu admirer sur le catalogue avant de le commander. Ce vêtement avait une poche
sur la poitrine à droite, avec pour
concession à la féminité que la moitié des raies étaient roses.
Au toucher, la texture était
pelucheuse, et les boutons difficiles à enlever.
Il se rendit à la cuisine
pour y moudre du café et préparer le Van Houten, maugréant contre le pyjama,
l’enfant, la femme et lui-même.
De la salle de bain
jaillirent bientôt des éclats de voix, des cris joyeux et des clapotis. Il s’y
rendit : tous les deux occupaient
la baignoire sabot, ce qui leur laissait peu de place à l’un comme à l’autre,
et elle le serrait contre son sein. Ils ne pouvaient s’asperger, et elle lui
caressait la peau à l’aide d’une petite éponge. N’importe qui les eût trouvés
charmants, eût admiré le spectacle. Mathieu, lui, ne trouva rien de mieux à
dire que : « Tu ne devrais pas te baigner avec lui ».
« Devrais-je enfiler un
maillot de bain? riposta Nelly.
Il ne daigna pas répondre,
mais restait là à attendre, devant la baignoire, raide, tendu.
Melk l’observait avec
intensité.
« Jamais Guillaume ne
m’aurait fait cette remarque », regretta-t-elle, troublée.
Bien sûr que si.
Mathieu, se souvenait de
Guillaume énonçant ce qu’il ressentait à propos de nudistes, qui cultivaient la
mauvaise foi en ignorant les émois qu’ils pouvaient faire naître ou ressentir,
en se réclamant de mots tels que le naturel, l’hygiène mentale, quand ce
n’était pas la vérité elle-même qui se trouvait convoquée.
Nelly avait perdu tout
entrain. Elle enjamba la baignoire décrocha un peignoir de bain. Guillaume
n’était ni pudibond ni rigoriste, lança-t-elle.
Melk, posé rudement à terre, trépignait au
milieu d’une grosse flaque. Nelly éclipsée, Mathieu revêtit l’enfant de son petit peignoir-éponge à
capuche et le frictionna, tout en murmurant des paroles d’apaisement,
promettant des jeux, une promenade, et disant qu’un bon déjeuner l’attendait.
Mathieu avait encore servi de remplaçant à Guillaume, de doublure.
Un inconnu l’aurait fait oublier à Nelly, mais comme par un fait exprès, elle ne nouait de liens intimes qu’avec d’anciens amis de lui.
Il s’assit à table et
commença à dévorer tout ce qu’il trouvait, plusieurs toasts à la suite, deux
bols de café. Nelly l’observait avec une question muette.
Melk ne voulait plus de son
cher biberon de Van Houten.
« C’est sans
importance, à trois ans passé » estima Mathieu la bouche pleine.
Contrariée, Nelly versait le
contenu du biberon dans un verre. Les joues rosies par le bain la colère, ou la
confusion, elle secouait la tête bien sûr, tu as raison. Et ses boucles
d’oreille, ses feuilles d’or, comme elle les appelait, remuaient à l’unisson.
Le soleil s’en mêlait qui les faisait étinceler. Le cadeau de Guillaume. Le
plus visible, après Melk.
Le petit déjeuner avalé, il
disparut en direction de la chambre.
Une demi heure plus tard, il
était de retour avec son sac plein à craquer, vêtu comme pour affronter un
printemps revêche. Nelly ne disait rien et Melk cherchait à le retenir, ou
voulait l’accompagner. Il boit dans un verre, c’est bien, dit Mathieu qui l’embrassa,
lui dit adieu, et, questionné sur son retour éventuel, lança : « Mon
temps est révolu » en baissant les yeux.
Nelly éclata d’un petit rire
sarcastique.
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